A présent quelque chose t’apparaît comme une erreur que tu aimais autrefois en tant que vérité ou en tant que vraisemblance : tu la rejettes donc loin de toi et t’imagines que ta raison aurait ainsi remporté une victoire. Mais peut-être cette erreur, autrefois, alors que tu étais encore un autre – tu es toujours un autre – , te fut-elle aussi nécessaire que toutes tes vérités “actuelles”, pour ainsi dire en tant qu’une peau qui dissimulait et enveloppait beaucoup de ce que tu n’avais pas le droit de voir encore. C’est ta nouvelle vie, non pas ta raison qui a tué pour ton compte cette ancienne opinion; tu n’en as plus besoin, et désormais celle-ci s’effondre et la déraison y grouille et se montre comme la vermine au grand jour. Lorsque nous exerçons notre esprit critique, il n’y a là rien d’arbitraire ni d’impersonnel – et assez souvent tout au moins, c’est la preuve que des forces vivantes en nous sont à l’oeuvre prêtes à faire éclater une écorce. Nous nions, nous devons nier, pour autant que quelque chose en nous veut vivre et s’affirmer, quelque chose que peut-être nous ignorons, que nous ne voyons pas encore ! – Cela dit en faveur de la critique.
August 27th, 2009
En faveur de la critique – Nietzsche
by Raphael Leray | Posted in Extraits de lectures | No Comments » |
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