Depuis hier soir la BBC a décidé de cesser de couvrir en LIVE les évènements relatifs au séisme et à la centrale de Fukushima.
Alors que la situation demeure critique la couverture médiatique s’amenuise, c’est la loi du genre… Les médias se doivent, pour maintenir leur audience, de renouveler le carburant de compassion et de répartir les sujets d’indignation afin que le téléspectateur qui hier se vivait réfugié de fukushima devienne demain un révolutionnaire lybien par fibre optique interposée.
L’ironie étant qu’il n’y a personne à blâmer sinon le médium lui même. Le médium devient vraiment le message, dont le sens supposé n’est plus qu’un prétexte pour activer la grande machinerie des émotions partagées en temps réel.
Fukushima deviendra je pense un cas d’école, personne ne comprend vraiment, et c’est normal, un sujet aussi complexe que le dérèglement d’une centrale nucléaire ou des phénomènes géologiques ardus, mais tout le monde ressent avec sincérité l’angoisse et le désespoir des gens qui vivent ces évènements.
Si le médium ne peut se maintenir qu’en renouvelant son flux d’information c’est parce qu’il cesserait d’être si la compassion passagère devenait une préoccupation soutenue qui occulterait alors le reste des informations et ferait dépérir les autres canaux et multiples capillaires médiatiques, créant à terme une embolie du système.
Pas de coupable certes, mais l’attention chaleureuse d’hier laissera peut-être à celles et ceux qui sont de l’autre coté du câble, une légère amertume, un dépit sans objet…
“Monsieur. Il ne se rend pas compte de sa force : il a des paroles inattendues qui sont trop vraies, et qui vous anéantissent les gens, les réveillent en pleine sottise, face à eux-même, tout attrapés d’être ce qu’ils sont, et de vivre si naturellement de niaiseries. Nous vivons bien à l’aise, chacun dans son absurdité, comme poissons dans l’eau, et nous ne percevons jamais que par un accident tout ce que contient de stupidités l’existence d’une personne raisonnable. Nous ne pensons jamais que ce que nous pensons nous cache ce que nous sommes.”
“…Vieux désir (te revoilà périodique souffleur) de tout reconstruire en matériaux purs : rien que d’éléments définis, rien que de contacts et de contours dessinés, rien que de formes conquises, et pas de vague.”
“Je ne suis pas fait pour les romans ni pour les drames. Leurs grandes scènes, colères, passions, moments tragiques, loin de m’exalter me parviennent comme de misérables éclats, des états rudimentaires où toutes les bêtises se lâchent, où l’être se simplifie jusqu’à la sottise; et il se noie au lieu de nager dans les circonstances de l’eau.”
« …Ce n’est qu’au détour d’un cauchemar qu’il le rencontra enfin, d’abord saisi d’une compassion obscène pour ce petit être souffreteux, il fut bientôt contaminé par la vitalité chagrine de ses mignons soubresauts.C’était undecescircuits fermés de la pensée, de ceux qui font monter jusqu’à ses limites la température de l’être, et finalement le tue… »
A présent quelque chose t’apparaît comme une erreur que tu aimais autrefois en tant que vérité ou en tant que vraisemblance : tu la rejettes donc loin de toi et t’imagines que ta raison aurait ainsi remporté une victoire. Mais peut-être cette erreur, autrefois, alors que tu étais encore un autre – tu es toujours un autre – , te fut-elle aussi nécessaire que toutes tes vérités “actuelles”, pour ainsi dire en tant qu’une peau qui dissimulait et enveloppait beaucoup de ce que tu n’avais pas le droit de voir encore. C’est ta nouvelle vie, non pas ta raison qui a tué pour ton compte cette ancienne opinion; tu n’en as plus besoin, et désormais celle-ci s’effondre et la déraison y grouille et se montre comme la vermine au grand jour. Lorsque nous exerçons notre esprit critique, il n’y a là rien d’arbitraire ni d’impersonnel – et assez souvent tout au moins, c’est la preuve que des forces vivantes en nous sont à l’oeuvre prêtes à faire éclater une écorce. Nous nions, nous devons nier, pour autant que quelque chose en nous veut vivre et s’affirmer, quelque chose que peut-être nous ignorons, que nous ne voyons pas encore ! – Cela dit en faveur de la critique.